LA COMMEMORATION DU 14 JUILLET : Histoire d’un transfert d’une fête coloniale en Tunisie
LA COMMEMORATION DU 14 JUILLET : Histoire d’un transfert d’une fête coloniale en Tunisie
I / Historique de la fête du 14 juillet en France
Le 14 juillet 1790 constitue la date de naissance d’une nouvelle fête nationale en France célébrant la prise de la Bastille. Au départ, cet acte insurrectionnel a été célébré par une grande solennité, baptisée fête de la fédération organisée au champs de Mars par le commandant de la garde nationale La Fayette. Louis XVI, venu de Saint-Claude, y a assisté et y a prêté serment à la constitution et à la nation française. Cette commémoration a connu le plus grand défilé militaire de l’histoire du pays : 100.000 fédérés ont défilé avec leurs tambours et leurs drapeaux, ayant à leur tête La Fayette, arrivé sur un cheval blanc. Cette grande exhibition militaire a enregistré également la participation des officiers de la garde nationale, des curés, des maires et des officiers municipaux. Enfin, une messe en plain air s’est déroulée sous la houlette des autorités religieuses, au cours de laquelle il y’a eu la bénédiction des drapeaux et la signature du pacte fédératif. La célébration de la chute de l’un des symboles de l’Ancien Régime a été abandonnée pendant près d’un siècle. C’est sous la III république que la fête du 14 juillet revient sur la scène française à une période où Gambetta cherchait à témoigner aux français du redressement de la France après la défaite de 1870. C’est dans ce contexte que, sur proposition du député de la Seine, Benjamin Raspail, la loi du 6 juillet 1880 a fait du 14 juillet, la fête nationale de la République. En cette année, la fête prit un éclat exceptionnel : elle débuta par une retraite aux flambeaux le 13 au soir. Le lendemain, les cloches des églises et les salves annoncèrent le défilé, suivi d’un déjeuner, de spectacles et de jeux. Les bals et les feux terminèrent la journée commémorative. Les emblèmes de la fête du 14 juillet n’ont pas changé depuis 1790. le premier symbole était le drapeau tricolore qui comporte les couleurs de la ville de Paris entourant le blanc de la monarchie. Le bleu, le rouge et le blanc furent adoptés sous la Révolution comme couleurs de la liberté. Ils devinrent ensuite le symbole par excellence de l’incarnation de la République. Le second emblème de la fête de la République était la figure allégorique de Marianne. Il s’agit d’une femme à bonnet phrygien qui représente les esclaves brisant leurs liens et qui deviennent citoyens. Elle symbolisait la liberté et la République française. Enfin la Marseillaise, composée par Rouget de Liste et chantée par une compagnie de soldats venant de Strasbourg, accompagnait le défilé militaire. Comment les historiens définissent-ils cette fête ? Selon Mona Ozouf (1), la commémoration par les Français de cet acte insurrectionnel, celui de la prise de la Bastille, est proche du cirque romain car la fête révolutionnaire associe la violence au carnage. Dans son ouvrage « la fête révolutionnaire », Mona Ozouf affirme qu’en forçant l’entrée du château le 14 juillet 1789, le peuple de Paris « voulait faire une marche collective, crier ensemble, oublier un beau jour la misère et faire, par ce beau temps, une grande promenade civique ». Les historiens sont unanimes pour indiquer que cette journée commémorative a été l’image parfaite de la communion et du patriotisme. Elle fut également le reflet de l’abolition des divisions entre nobles et roturiers et de l’extinction des discordes religieuses et personnelles. Cette forme festive non seulement rappelle un événement fondateur, mais aussi exprime un temps fort de la mise en scène du pouvoir en place. Outre la notion de théâtralité et de propagande, les historiens insistent également sur le principe de l’ordre sacré. Cette fête était soumise aux règles d’un strict cérémonial et se déroulait selon une stricte distribution des rôles, sans même le simulacre d’un brassage social ou de l’inversion des valeurs. II / LE TRANSFERT DE LA FثTE DU 14 JUILLET EN TUNISIE ET SES ENJEUX Les archives diplomatiques de Nantes(1) nous informent que les premiers colons français ont commencé à fêter la prise de la Bastille à partir de 1884. Dans une période où la colonie française était trop peu nombreuse (5% de la population globale), les autorités coloniales se mobilisaient afin d’assurer les meilleures conditions logistiques pour le bon déroulement de la fête. Un comité mixte était créé dans les villes de la colonie, composé du Contrôleur Civil et de quelques membres de la colonie européenne et les notabilités indigènes (khalifat, Caïd et Cadi). Le rôle de ce comité était d’assurer l’ouverture d’une souscription publique nécessaire au financement de la fête. Il prenait également à sa charge l’installation des lanternes vénitiennes, l’illumination des bâtiments publics et la mise en place des tribunes et des gradins. Il ressort également de nos archives l’instrumentalisation de la fête du 14 juillet par les autorités coloniales : c’était une démonstration patriotique, l’image de la transcendance de l’Etat colonial et en même temps un moment de communion populaire. C’est ce qui ressort de la lettre envoyée par le contrôleur civil de Makthar au Résident Général le 15 juillet 1888. « Ma femme a distribué une centaine de cocardes tricolores à toutes les personnes qui sont venues me saluer à l’occasion de la fête et rien n’était intéressant comme de voir nos couleurs portées par les chefs indigènes et par des étrangers »(1) La fête était aussi un outil de propagande et de générosité. N’y a t-il pas eu des buffets organisés pour les européens et les musulmans du pays ?.Outre la gamme de réjouissances, les autorités coloniales n’ont jamais cessé de diversifier les différentes formes de bienfaisances : des vins rouges et blancs, champagne, viande et volailles froides, jambons, pâtés, sandwiches, glaces, cigares et cigarettes étaient distribués dans le but de créer une certaine intimité et de conférer à l’Etat colonial une dimension humaine. Des dons étaient offerts aux élèves des écoles franco-arabes et aux tribus du centre du pays et du nord-ouest pour assurer une participation record à la fête et aux différents jeux qui l’accompagnent. III / La fête du 14 juillet à Nabeul à l'époque coloniale La fête coloniale du 14 juillet à Nabeul commençait à partir de 8 heures du matin par un protocole de réception à Dar El Bey (l’actuelle municipalité de Nabeul) où le Contrôleur Civil recevait solennellement les « indigènes et les représentants des divers services ainsi que les délégués des différentes colonies »(2). A la suite de la réception officielle, un déjeuner était offert par le Contrôleur Civil de la ville à ses invités. L’après-midi était réservée à la fantasia exécutée par des cavaliers qui parcouraient la rue de France puis la rue Carnot jusqu’à atteindre la place Hussein Bey. Le soir, les nabeuliens assistaient au feu d’artifice tiré à partir de l’école franco-arabe. Enfin un dîner des plus friands réunissait les dames de la colonie. Dans sa lettre adressée au Résident Général le 26 juillet 1887, le Contrôleur Civil de Nabeul se réjouit que cette fête française ait toujours été « célébrée avec autant d’enthousiasme »(1) et a attiré une assistance musulmane nombreuse. La journée du 14 juillet était une occasion de consommation : les bars de Nita, Kakou, Khmaies ainsi que le cercle de la communauté juive rassemblaient la population européenne mais aussi quelques indigènes. Les enfants goûtaient à la glace des Parienti et Sissi. La Dépêche tunisienne nous informe « qu’ une bonne partie de la population des campagnes d’alentour avait envahi la ville ».(2) L’autre espace festif était la plage de Nabeul où une série de jeux étaient organisés. Parmi ces jeux on cite : la course à sac, à pied et à dos d’âne, le jeu de l’Echelle, les intermèdes acrobatiques, la lutte à main plate, la pêche à la ligne, le jeu de la farine et le jeu de la ficelle. Il faut cependant préciser que certains incidents se produisaient en raison de l’intrusion des enfants sur les lieux de la fête : c’est le cas de l’incendie de 1888 pendant la fantasia où « un jeune enfant a reçu en pleine poitrine et à bout portant un coup de feu qui a fait mouche. La mort a été instantanée ».(3) Anouar Marzouki
Cap Bon Guide
Korba
"...Korba dessine sa capricieuse blancheur, dont les lignes arrondies et souples franchissent les étangs boueux pour caresser la mer, illuminer son visage aux rides bleut...
Menzel Temime
La commune de Menzel Temime est créée par le décret du 19 février 1921, le périmètre municipal de Menzel Temime s'étend sur une superficie de 25 Km2 , pour une population ...

















