Histoire de la communauté juive de Nabeul (Tunisie) par la Généalogie
Université Paris 8
Département d’Etudes juives et hébraïques
Formation doctorale Langues, Littératures et Civilisations Juives
Résumé d’une thèse intitulée : Histoire de la communauté juive de Nabeul par la Généalogie
Rédigée par M Victor Hayoun, sous la direction du Pr Ephraïm Riveline
Cette thèse a pour objet la monographie de la Communauté Juive de Nabeul en Tunisie par la reconstitution généalogique de la population juive, depuis ces premiers jours, au tout début du 18ème siècle, voire dans les années de fin du 17ème, jusqu'à la seconde moitié du 20ème siècle.
Les précédentes recherches et publications ayant trait à ce sujet, que nous avons trouvées, sont au nombre de quatorze, dont huit relatent l'histoire générale ou partielle de la communauté et six autres développent des généalogies concernant des familles de cette communauté. Cependant, les recherches principales sur la communauté et nombre de ces publications furent écrites par Rebbi Nechim Haddad, en 1916, et son fils Rebbi Mouchi qui les publia en 1946. Il est à signaler que ces publications avaient apporté les premières informations d'importance de l'histoire de la communauté qui, ultérieurement, ont servi de référence à l'essentiel des recherches d'envergure qui suivirent.
Les documents découverts dans les différentes archives en France et en Israël, la documentation sur Nabeul et sa communauté provenant de collections privées, ainsi que les témoignages oraux accumulés depuis plus de 20 ans, nous ont permis de retracer une histoire communautaire et généalogique de la population juive de Nabeul avec plus d'exactitude et de manière plus complète qu'elle n'avait été faite auparavant.
La méthode utilisée dans cette recherche se compose de deux phases essentielles : La première a consisté à faire un travail de synthèse de toutes les recherches précédentes, les publications et autres documentations d'archives et de collections privées, qui nous permirent de tracer une image communautaire qui va du général au particulier, depuis le contexte historique de la ville en passant par la description de la vie de la communauté, jusqu'au détail des familles et des individus qui les composaient. La seconde phase s'est développée parallèlement à la première et s'y insère. Elle a consisté à utiliser les données généalogiques, que nous avons gérées sur un logiciel particulier, dans la présentation de la monographie comme une source supplémentaire. Celle-ci a eu la particularité de nous faire découvrir des influences et des intérêts familiaux qui souvent n'auraient pas été soupçonnés sans ce nouvel apport. Ainsi la reconstitution généalogique de cette population, qui comptait à son apogée plus de 3000 âmes, apporte une dimension nouvelle à l'image historique de cette communauté qui est remarquable par plus d'un trait.
Pour placer l’histoire de la communauté juive dans le contexte de celle de la ville, nous avons tracé quelques traits essentiels et généraux de la géographie et de l'histoire de Nabeul. Elle fut construite à proximité du site des ruines de l'ancienne Neapolis grecque et connut de nombreuses invasions. Nabeul se situe à quelques 65 kms au Sud-Est de la capitale Tunis, sur le littoral et à l’entrée Sud de la presqu’ile fertile du Cap Bon qui est très important par sa position stratégique au milieu du bassin méditerranéen. Nabeul est la capitale du Cap Bon. Elle a une belle plage et un climat méditerranéen qui attirent les touristes de tout horizon. Elle est renommée pour la diversité de ses activités artisanales, ses poteries et sa céramique peinte et vernie. Elle est aussi connue comme étant la ville de l'Harissa, condiment traditionnel fait de piment piquant rouge, par la qualité de son jasmin très odorant et son eau de fleurs d’orangers aux nombreuses vertus médicales et culinaires.
La population juive était très active et importante en nombre relativement à la totalité de la population locale et comparativement aux autres populations juives des différentes communautés en Tunisie. A son apogée, à la fin des années 40 du 20ème siècle, un habitant sur quatre à Nabeul était juif. Certaines évaluations développées dans le corps de la thèse portent à penser qu'il se pourrait même que presque une personne sur trois était juive à cette époque.
Cette présence juive relativement forte avait des conséquences remarquables sur plus d'un plan. Sur le plan économique et commercial, la coopération des différents corps de métier, toutes confessions confondues, était constante et se faisait dans une atmosphère détendue et très souvent amicale. Sur le plan social, nous pouvons signaler une cohabitation des juifs et des musulmans dans les mêmes rues et parfois les mêmes maisons. Les femmes de différentes origines se côtoyaient et les enfants grandissaient dans un même voisinage. Et enfin sur le plan politique, on notera une activité intense de la direction communautaire juive tout au long des années, puis ensuite une immixtion allant grandissante des juifs dans leurs relations avec les Autorités Protectorales françaises et les Autorités Beylicales indigènes, et une identification très importante de la population juive avec tout ce qui avait trait aux activités sionistes, auprès des jeunes et des adultes.
Le second trait de caractère que l'on peut donner à cette communauté est certainement l'intensité de sa vie religieuse, qui parait être au-dessus de la moyenne en Tunisie. La liste récapitulative des rabbins de Nabeul qui figure avec moult détails, au chapitre de la vie religieuse, renforce cette image du caractère religieux des juifs de la ville, mais aussi nous introduit dans cet important chapitre, dans lequel nous développons les familles de la communauté et leur généalogie qui s'est avérée très riche en informations.
Un autre élément important, qui était influent sur l'image de cette forte communauté de Nabeul, est la localisation géographique de cette ville, car elle n'est pas loin de la capitale et est considérée comme la proche périphérie de Tunis. Cette proximité était importante pour les dirigeants laïques en quête de soutien auprès du gouvernement qui siège à Tunis, ainsi que pour les rabbins qui faisaient leurs études religieuses dans les écoles talmudiques de la capitale et continuaient une proche coopération avec le Grand-Rabbin de Tunisie et le Tribunal Rabbinique qui siégeaient eux aussi à Tunis. Cette relation centre-périphérie ne se trouve pas seulement entre Tunis et Nabeul, elle se trouve aussi, à l'échelle locale, entre les nombreuses agglomérations du Cap-Bon avec leurs minuscules communautés juives éparses, et Nabeul. Celle-ci est cette fois le centre qui prodiguait les services civils administratifs et médicaux, les services commerciaux et de ravitaillement, ainsi que les services religieux, depuis la circoncision jusqu'à l'inhumation et les services éducatifs et culturels qui étaient principalement destinés aux enfants.
La thèse présente une image très détaillée des caractéristiques de la communauté juive de Nabeul et développe sur huit chapitres, l'histoire et les origines de cette communauté, sa population, ses institutions officielles et caritatives, sa vie religieuse aux innombrables activités, sa vie culturelle, les langues pratiquées, son système éducatif à double volet laïque et religieux, ses relations interactives avec son entourage, ses activités sionistes et enfin sa vie sous l'occupation allemande pendant la seconde guerre mondiale.
Ce contexte très détaillé est jonché d'innombrables rappels de noms de personnes qui étaient les acteurs principaux et secondaires de cette population qui avait une vie intense. Tous ces noms des familles juives qui formaient cette communauté étaient en fait une amorce du prochain chapitre de cette thèse, que nous avons intitulé "Les Familles Juives de Nabeul".
Ce chapitre des familles, outre quelques définitions et généralités, présente de manière quasiment exhaustive tout ce qui va les caractériser, c'est-à-dire, leurs noms, leurs prénoms et leurs surnoms, ainsi qu'une suite de listes généalogiques de chaque nom. Il n'y a pas un nom qui soit uniquement propre à la communauté juive de Nabeul. C'est en fait le résultat de la création de cette communauté, il y a plus de 300 ans, par des juifs qui y immigrèrent de différentes villes de Tunisie, surtout de Djerba et de Tunis, et d'ailleurs, d'Algérie, de Libye voire même de Terre Sainte. Il est à signaler qu'il n'y a aucun détail qui puisse nous informer sur une quelconque présence juive à Nabeul avant la fin du 17ème siècle.
L'onomastique des noms de ces familles permet de découvrir, avec les innombrables liens généalogiques interfamiliaux, une image insoupçonnée d'une communauté qui, malgré la diversité de ses origines, présente une identité d'une homogénéité notable.
L'utilisation de la généalogie représente la nouveauté la plus remarquable de ce travail et a donné à cette recherche une originalité et une primeur qui, autant que nous le sachions, n'a jamais été utilisée pour reconstituer et raconter l'histoire d'une communauté juive, quelle qu'elle soit.
Les nombreux témoignages oraux, accumulés et utilisés dans cette thèse, sont importants pour la recherche historique et la recherche généalogique. Les personnes questionnées nous ont raconté la vie de leur famille, leurs amis, leurs voisins, leurs relations, etc., et nous ont parlé de leurs activités, leurs professions, leur vie au quotidien et leurs relations avec les institutions communautaires et leur entourage. Il faut aussi citer les remarques qu'elles nous ont faites, riches en informations de tout ordre sur telle personne ou tel évènement. Nous savons combien les témoignages oraux sont délicats à utiliser, mais la quantité accumulée n'a fait qu'enrichir nos bases de données en nous offrant un excellent moyen de vérification par le nombre et en réduisant considérablement les risques d'erreur.
Ces deux dernières sources, la généalogie et les témoignages, toutes deux empiriques, sont essentielles et, de part leur usage, donnent une particularité unique à ce mémoire qui apporte une lumière nouvelle sur l’histoire de la communauté juive de Nabeul.
Le résultat du travail de cette thèse présente une monographie très détaillée de cette communauté et surtout la reconstitution généalogique d'une communauté juive qui avait connu des centaines d'années d'activités, très souvent d'une prospérité remarquable, mais qui n'existe plus aujourd'hui.
Un tel travail de recherche d'une telle envergure n'a jamais été fait sur la communauté juive de Nabeul.
Dans le contexte de la fin de l'existence de très nombreuses communautés juives, plusieurs fois centenaires, qui étaient éparpillées dans de nombreux pays musulmans, il y a la satisfaction de ce que l'on peut appeler un travail accompli, celui de cette reconstitution d'une communauté qui était vouée aux oubliettes. Car, contrairement à de nombreuses communautés juives d'Europe ou d'Amérique, celle qui a été traitée dans cette thèse, n'a laissé aucune archive digne de ce nom. Aussi, certains outils qui ont servi à la préparation de ce travail - témoignages oraux, archives privées, généalogies et bibliographies diverses - ne seront certainement plus accessibles dans quelques années.
Cette dernière constatation nous inciterait à l'étude et, si possible, à la reconstitution d'autres communautés qui ont disparu.
Recherche envoyée par : Dr. Victor HAYOUN
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